Source : Reporterre
Samedi 21 avril,
en plein débat parlementaire sur le projet de loi Asile et Immigration,
le groupe d’extrême droite Génération identitaire a mené une action
anti-migrants au col de l’Echelle, dans les Hautes-Alpes. Dimanche,
militants italiens et français ont franchi la frontière au col de
Montgenèvre pour mettre à l’abri une quarantaine de migrants à Briançon.
- Briançon (Hautes-Alpes), reportage
Ce samedi 21 avril, le groupe d’extrême droite Génération identitaire y débutait une opération de communication pour un tout autre message. Reporterre les a rencontré au petit déjeuner ce dimanche 22 avril, sur leur campement au milieu des montagnes encore enneigées. Sous un franc soleil, par une température déjà presque estivale, une trentaine de jeunes militants et militantes venues de toute l’Europe montent la garde le long d’une clôture de plastique orange. « Nous avons pris possession du col et matérialisé la frontière pour signifier aux migrants qu’ils ne doivent pas passer », nous explique Marc. Une frontière qui ne se situe plus ici, depuis que l’Italie a concédé à la France une partie de territoire au titre des réparations de la Seconde Guerre Mondiale. Elle est depuis plus à l’est et bien plus bas, autour du bourg italien de Bardonecchia.
« L’Europe aux Européens. L’Europe n’a pas vocation à accueillir toute la misère du monde... », la suite de l’argumentation détaillée par un autre membre du groupe, prénommé Aurélien est un enchaînement des idées d’extrême droite. « Beaucoup d’habitants nous soutiennent et nous ont remerciés », nous assure Marc. Une affirmation qui tranche avec la réputation solidaire de Névache envers les exilés. « Il y a d’énormes richesses d’un côté. Les migrants cherchent à échapper aux misères du monde », dit Michel, habitant solidaire que nous avons rencontré en montant au col de l’Échelle.
Dans la bouche des Identitaires, la police serait absente de cette frontière. Pourtant les témoignages d’habitants font entendre un autre son de cloche. Comme celui du maraudeur Benoit Ducos, qui a sauvé une femme migrante enceinte de 8 mois de la tempête au col du Montgenèvre le 10 mars. Les patrouilles de la gendarmerie et de police aux airs et aux frontières (PAF), jusqu’en motoneige sur les pistes de ski du domaine transfrontalier de Montgenèvre sont bien présentes, dit-il. Au col de l’Échelle, elles reprendront en 4X4 une fois que la circulation sera à nouveau ouverte.
- Panneau renversé par un éboulement sur la route du col de l’Echelle.
L’État a toléré le blocage du col de l’Echelle par l’extrême droite
Le coup de communication de Génération identitaire a fait parler jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale, réunie pour débattre et voter la loi Asile immigration. Jean-Luc Mélenchon a protesté : ils « se sont autorisés à aller à la frontière repousser dans la neige de pauvres gens […]. Nous demandons au ministre de l’intérieur ce qu’il compte faire pour empêcher que dorénavant les frontières soient protégées par les amis de Madame Le Pen ».Réponse du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb : « C’est de la gesticulation [des Identitaires] que nous condamnons. Il ne règne qu’une seule chose, le droit, l’ordre républicain, que nous garantissons partout ».
Dans les Alpes dimanche matin, les Identitaires persistent. « Par cette action, nous montrons que 100 gamins peuvent contrôler le col. L’État peut donc le faire », nous dit Aurélien. Il confirme que son groupe a bien choisi ce week-end pour peser sur le débat parlementaire. « En politique rien n’est dû au hasard », dit-il fièrement. Sur les coups de midi et demi, le camp est démonté. Au bas du col de l’Échelle, non loin du village de Névache, les gendarmes laissent aux militants le temps d’une dernière séance photo. Au moment de la pose, Reporterre ne compte que 50 protestataires, soit moitié moins que revendiqué par le groupuscule.
- Une opération de communication de Génération identitaire
Ecoutez M. Iché :
- Jean-Bernard Iché, le sous-préfet des Hautes-Alpes
« Que se serait-il passé si ces fascistes avaient rencontré des migrants ? », interroge l’eurodéputé. Fort heureusement, à cause d’un enneigement qui reste exceptionnel, le col de l’Échelle n’est pas encore emprunté par les exilés. Ce que nous confirme Paolo Narcisi, de l’association Raimbow 4 Africa, qui gère un lieu de soutien aux migrants à Bardonecchia, en Italie. « Nous les avons dissuadé d’emprunter le col depuis le début de l’hiver, à cause des dangers de la montagne. Aujourd’hui, aucun migrant n’a eu affaire aux Identitaires », dit-il. Les « défenseurs de l’Europe » n’auraient donc « repoussé » personne, contrairement à leurs affirmations. Pour Paolo Narcisi, leur action n’est « qu’une démonstration pour journalistes ».
« Nous n’avons pas abandonné nos montagnes, ni aux fascistes, ni à la police »
La réponse à cette offensive de communication, est venue de la part des soutiens des migrants à 14h ce dimanche 22 avril, alors que quelques skieurs frayaient encore sur les pistes de Montgenèvre. Ils peuvent glisser comme bon leur semble de la France à l’Italie et de l’Italie à la France. Sur le domaine skiable, une quarantaine de migrants, entourés de près de 120 soutiens italiens et français marchent le long de la seule route qui relie Turin à Briançon.Pour le militant de l’association Tous Migrants, Benoit Ducos, il s’agit de « répondre à ces gens, [les Identitaires], en défendant les droits fondamentaux, ceux de la déclaration de l’Homme, qui assurent le droit d’asile dans le pays de son choix ». La manifestation passe devant le poste frontière sans que les fonctionnaires de la Police aux frontières (Paf), peu nombreux, ne puissent intervenir. Puis elle s’engouffre dans un tunnel routier. A la sortie, un cordon d’une vingtaine de gendarmes en tenue anti-émeute l’attend. Les manifestants contournent le cordon par un talus enneigé. Enfin, après une petite bousculade avec les gendarmes, ils parviennent à poursuivre leur chemin sur la route de Briançon.
- Bousculade à Montgenèvre
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Source : Pierre Isnard-Dupuy pour Reporterre
Photos : © Pierre Isnard-Dupuy/Reporterre
. chapô : Militants italiens, français et migrants, passant la frontière sur les pistes de ski à Montgenèvre.
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Jean-Bernard Iché, le sous-préfet des Hautes-Alpes
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