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vendredi 15 novembre 2013

Les promesses non tenues du RSA

Source : La Tribune

Pauvreté 
  Le RSA a perdu son pari : réduire la pauvreté par le travail.
Giulietta Gamberini
Le revenu de solidarité active, créé en 2009 par Nicolas Sarkozy à la place du RMI, espérait vaincre la pauvreté par un système d'incitation à l'activité. Quatre ans plus tard, l'échec est patent, selon le Centre d'études pour l'emploi.
C'était l'un des paris de Nicolas Sarkozy, mais il a tourné au fiasco. Le revenu de solidarité active (RSA), qui a remplacé en 2009 l'ancien revenu minimum d'insertion (RMI) et l'allocation parent isolé (API), prend de l'eau de tous les bords, selon l'analyse que vient de publier le Centre d'études de l'emploi (CEE). La logique visant à assortir les dispositifs de solidarité à l'égard des plus pauvres de mécanismes d'incitation à la reprise d'emploi, afin d'améliorer d'un seul coup les indicateurs de la pauvreté et les finances publiques, n'a pas tenu face à la réalité.

Inefficace contre le chômage...

Contrairement aux attentes, le RSA n'aide pas de manière efficace à retrouver un emploi, observe le CEE. En 2010, 69 % de ses bénéficiaires sans revenus d'activité au mois de janvier étaient encore dans la même situation à la fin de l'année. Le 15 % qui avait réussi à sortir du dispositif n'était pas passé par l'étape du RSA-activité, qui assure un supplément aux revenus les plus faibles (irréguliers ou à temps partiel). En revanche, «les deux tiers des bénéficiaires du RSA-activité seul en janvier 2010 changent de situation dans l'année mais en «retombant» au RSA-socle dans un tiers des cas», constate l'étude. La présomption de l'existence d'un fort chômage volontaire et l'idée d'une trajectoire vertueuse d'abandon de la pauvreté, du RSA de base au RSA complément, sont sortis affaiblis de la confrontation au marché du travail.

... mais aussi contre la pauvreté

Le RSA ne permet pas non plus aux travailleurs à faibles revenus d'améliorer leur niveau de vie. Au dernier trimestre 2010, 68% des personnes éligibles au supplément de ressources RSA-activité seul n'avaient pas demandé la prestation, qui comptait «seulement» 63000 bénéficiaires. La part des allocataires accédant directement au RSA-activité seul était passée de 42% en septembre 2009 à 33% en septembre 2010. Parmi les principales raisons, la «prégnance de l'image d'assistance attachée au dispositif», ainsi que les démarches à accomplir, particulièrement lourdes pour les personnes en emploi, non encore inscrites ni habituée au RSA.

La nécessité d'une réforme
Preuve tangible de ce double échec, citée par l'étude: les mentions contenues dans les lois des finances des dernières années. Si dans celle de 2012 l'indicateur mesurant la sortie de la pauvreté disparaissait complètement, faute de résultats probants, le texte de 2013 (le premier de la nouvelle législature) réduisait sensiblement les objectifs par rapport à 2011. Il admettait d'ailleurs que «l'effet incitatif sur le retour à l'emploi du RSA-activité (même pour les activités ponctuelles ou partielles qui sont plus fréquentes en période économique difficile) ne semble pas avoir atteint le niveau attendu lors de sa création». Aujourd'hui, c'est de l'évolution du contexte économique et de l'accompagnement du retour à l'emploi que le législateur semble attendre de meilleurs résultats.
Un changement de conception s'impose donc selon le CEE, qui épouse la proposition du rapport remis à Jean-Marc Ayrault par le député Christophe Sirugue le 15 juillet 2013: l'instauration, pour les travailleurs à bas salaires, d'une nouvelle prestation, la «prime d'activité». A condition que ses modalités d'attribution soient simplifiées, «pour en faciliter l'accès et la rendre socialement plus acceptable».


vendredi 18 octobre 2013

L’état de la pauvreté en France

Article paru dans l'Observatoire des Inégalités

17 octobre 2013 - Combien compte-t-on de pauvres en France ? Comment évolue leur nombre ? Qui est le plus concerné par la crise ? L’Observatoire des inégalités publie une note de synthèse sur la pauvreté.

Télécharger la Note de l’Observatoire, n°1, octobre 2013
PDF - 972.3 ko
Présentation
Combien compte-t-on de pauvres en France ? Comment évolue leur nombre ? Qui est le plus concerné par la crise ? A l’heure où une partie de la population s’offusque de payer trop d’impôts, la situation est de plus en plus critique pour les plus défavorisés, dont le nombre grandit.
La capacité est aussi grande dans notre pays à forcer le trait, à exagérer les chiffres pour mobiliser l’attention. On n’assiste pas à une explosion de la pauvreté et de la misère. Partant de bons sentiments, le catastrophisme finit par décrédibiliser l’information et alimente la critique du modèle social français alors que notre pays est parmi ceux qui s’en sortent le mieux au monde sur ce plan. Pourquoi dépenser autant si l’on compte tant de pauvres ?
Il n’empêche : en considérant la définition la plus restrictive, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté situé à la moitié du revenu médian (autant touche moins, autant davantage) a progressé de 660 000 entre 2008 et 2011. Soit probablement autour de plus de 800 000 personnes si l’on ajoute 2012 et le début 2013. Au cours de la même période, le taux de pauvreté est passé de 7 à 8 % et doit approcher les 9 % aujourd’hui. Un retournement historique qui touche les plus vulnérables.
Contrairement à un discours commun selon lequel la crise serait généralisée à tous les milieux, la pauvreté ne frappe pas au hasard. Une large partie de la population est à l’abri, même s’il est commode à chacun de se l’approprier. En 2010, le taux de pauvreté des employés était 6,3 fois plus élevé que celui des cadres supérieurs. Le taux des sans diplôme trois fois supérieur à celui des diplômés d’un bac +2.
Face à ce constat largement étayé, il ne reste souvent plus que la compassion et l’aumône. Les caisses de l’Etat sont vides. Faute de revenu minimum pour tous, le gouvernement expérimente une « garantie jeune » à 10 000 moins de 25 ans dans quelques territoires : mais combien sont ces jeunes qui, faute de soutien, vivent sous le seuil de pauvreté ? 10, 20 ou 30 fois plus ? Combien d’entre-eux doivent se contenter de revenir au domicile, dormir chez des amis quand ce n’est pas à la rue ?
A l’évidence, les politiques publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux. Si le revenu minimum manque pour certains, l’essentiel n’est d’ailleurs sans doute pas seulement financier. Il s’agit de véritables politiques de l’emploi, de construction de logements, d’accès la santé, et en particulier d’une vraie réforme de l’éducation.
Louis Maurin, Valérie Schneider et Nina Schmidt

« La pauvreté en France », Les notes de l’Observatoire, n°1, octobre 2013.

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